Qu'y-a-t'il au cinéma pour les fêtes ?

Chères spectatrices, chers spectateurs,

Il y a plein de films à voir pendant cette trêve des confiseurs, mais il y a surtout la ressortie sur copie neuve d'une comédie issue du trio ZAZ, qui nous fit gravement rigoler au tournant des années 80. Si l'on est tout excité de revoir cette mythique parodie, celles et ceux qui n'étaient pas nés en 1980 se feront un plaisir de découvrir Y'a t-il un pilote dans l'avion, que nous appellerons dorénavant de son titre original : Airplane ! Outre cette réédition qui mettra nos zygomatiques en émoi, nous pourrons aussi frissonner avec Kurt Russell en sauveur destroy et borgne de New York 1997, de John Carpenter, également responsable de l'expérience diabolique du Prince des Ténèbres. Les Chasses du comte Zaroff demeurent aussi à l'affiche ; dans la veine de King Kong, ce fantastique film expressionniste de Schoedsack et Pichel met en scène la traque, non d'un singe géant, mais de petits hommes gibiers, cibles d'un Russe cinglé. Nous nous mettrons aussi au garde à vous pour L'Adieu aux Armes, un bouleversant voyage en 14-18 adapté d'Hemingway par Frank Borzage, replongerons avec délice dans l'adolescence américaine des seventies avec Breaking Away, de Peter Yates, tenterons de suivre la moderne trace du Leave no trace, de Debra Granik, et nous envolerons pour la lune avec Neil Armstrong, First Man de Damien Chazelle.

A part lors des élections américaines où il est un état pivot (swing state), on ne parle par souvent du Wisconsin, région d'ailleurs sans grand attrait du Mid-West. C'est d'ailleurs sans doute parce qu'ils s'y ennuyaient à cent cents de l'heure dans les seventies que trois copains s'embarquèrent dans le Kentucky Fried Theatre. Le ton, forcément parodique (Kentucky Fried Chicken, aujourd'hui KFC), était donné et s'amusait avec le nom de cette chaine de fast-food, emblème de la malbouffe. En plus gras. Jim Abrahams, accompagné des frères David et Jerry Zucker, s'engagèrent donc dans une troupe d'interventions comiques débridées, que l'on pourrait comparer au Café de la Gare, voire aux Bronzés. De leurs premiers happenings théâtraux, ils tirèrent un film, Kentucky Fried Movie (Hamburger Film Sandwich), aujourd'hui difficile à voir, mais totalement culte. Tourné "à l'arrache" avec un budget ridicule (et la complicité de John Landis), il se classa parmi les films les plus lucratifs jamais réalisés, multipliant pas 20 la mise initiale ! Ce succès donna des ailes au trio ZAZ (Zucker-Abrahams-Zucker) qui fit décoller Aiplane ! Dans les années 70, Airport avait lancé la vague des films catastrophes (La Tour Infernale, Earthquake...) où l'homme est confronté à un événement qui le dépasse. On imagine les ZAZ, morts de rire, inventant une parodie de ce sous-genre et récupérant au passage tous les clichés et les succès de l'époque (Saturday Night Fever, entre autres). Ils en firent une délirante histoire où, suite à une intoxication alimentaire, un pilote de guerre, traumatisé et largué par sa copine, se retrouve seul aux commandes d'un avion de ligne en perdition. Les trois zozos et les acteurs de talent embringués dans l'aventure (Robert Hays, Julie Hagerty, Leslie Nielsen, et même Robert Stack, l'ex-Incorruptible) ne reculèrent devant aucun interdit, aucun non-politiquement correct, aucune mauvaise blague. Même si certaines références échapperont aux plus jeunes (les moins de 40 ans), la liberté incroyable - de ton, de rire, de dérapage, de subversion - mérite le détour. A grand coup de flash-back débiles, de limites dépassées et de déconnades abruties, Airplane ! s'autorise tout pour nous fait mourir de rire idiot. Un pur bonheur régressif qui, venu du temps de l'insouciance révolutionnaire, fait un bien fou en ces périodes coincées et régies par les porte-voix crétins du marketing, de la peur et des réseaux sociaux.

On s'emballe. Reste qu'il y a d'autres films à voir au Grand Action (ils sont cités en début de lettre) et que ce n'est pas parce que l'année s'achève qu'on ne va pas conclure avec l'Enfance de l'Art. Mercredi à 10h30, les petits nenfants, ils seront contents de voir L'Ours et le Magicien, charmants dessins animés baltes. Dimanche, à la même heure matinale, le grand Martin Scorsese réinvente le Paris des années 30, où le vieux Mélies fait partager son génie oublié au jeune Hugo Cabret. Magique aussi.

Sachant que cette lettre coure jusqu'en 2019, qu'est-ce qu'on dit ?
A la semaine prochaine !

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.