Chères spectatrices, chers spectateurs,

Même si quelques faits et gestes des semaines passées pourraient inciter certains d’entre nous à prendre les armes pour changer de société, n’aller pas voir dans le titre de cette lettre un appel au soulèvement. S’il annonce la luxueuse réédition d’un film clé de Sergio Leone, Il était une Fois la Révolution, il appelle aussi à la vigilance politique, comme le fait Amnesty International, dont le Grand Action est heureux d’accueillir le festival des films sur les droits humains. Lors des Nuits d’Amnesty, chaque film sera présenté par un membre de la célèbre Association et le débat se poursuivra au Grand Bar de notre cinéma. Vendredi, samedi et dimanche, Amnesty nous propose de voir et de débattre autour de quatre œuvres où les libertés sont bafouées. Liberté sexuelle dans Harvey Milk, interprété par Sean Penn, où Gus Van Sant donne un brillant biopic sur le premier homme politique ouvertement gay, et dans la Rumeur, où William Wyler raconte l’amitié particulière de deux jeunes femmes dans l’Amérique des années 60. Il sera question de liberté de conscience dans Welcome, le film bouleversant de Philippe Lioret, où Vincent Lindon tente d’aider un jeune réfugié Afghan à quitter la jungle calaisienne pour un faux eldorado britannique, et de liberté tout court dans Pour un instant, la liberté, où d’Arash T. Riahi suit l’exode de trois iraniens fuyant le régime des Mollah. Nul doute que les quatre films sélectionnés soient déclencheurs de fructueux échanges.

Il y a 40 ans, la révolution était à la mode ; les westerns spaghetti de Sergio Leone aussi. Il était une Fois la Révolution opère la synthèse en cette année 1969, qui fut aussi érotique, comme le chantait un autre Serge. Le film de Leone s’ouvre sur une citation de Mao, promettant que la « révolution ne sera pas un dîner mondain ». En effet. Les deux héros du film, un bandit mexicain (Rob Steiger) - qui a aussi peu de scrupule à détrousser les riches qu’à noyer les fourmis sous le jet rageur de son urine – et un professionnel froid de la révolution et des explosifs (James Coburn) – qu’on traiterait aujourd’hui de terroriste – s’engagent dans la révolution mexicaine. Leone n’hésite par à jouer avec drôlerie sur l’antagonisme des personnages mais n’épargne pas aux spectateurs les horreurs de la guerre civile. Magnifiquement restauré par la Cinémathèque de Bologne, Il Était une Fois la Révolution a retrouvé son éclat initial : celui de la lumière mexicaine (bien que le film ait été tourné en Espagne), et des teints burinés de ses léonesques héros.

Le reste de nos écran est occupé par un « best off » des films de nos dernières semaines. D’abord les impitoyables Inglourious Basterds, de Quentin Tarantino, qui terrorisent toujours les nazis dans la France occupée, puis le magnifique My Own Private Idaho, où Gus Van Sant suit les dérives de deux jeunes toxicos interprétés par Keanu Reeves et River Phoenix. On retrouve ce dernier dans Running on Empty (A bout de Course), de Sidney Lumet, où il joue un adolescent en crise dans une famille en fuite. Outre la Rumeur, déjà citée et sélectionnée par Amnesty, deux autres films de notre festival Gay Cinéma poursuivent leur carrière : Victor Victoria, où Blake Edwards fait preuve qu’il maîtrise aussi bien la farce que la délicatesse, et M Butterfly, où David Cronenberg montre qu’il ne raconte pas que des horreurs, fussent-elles sublimes.

Mercredi à 14h, l’Enfance de l’Art régalera les enfants avec Pleine Lune, une sélection de 5 courts métrages d’animation française. Mais ce n’est qu’un préambule aux plaisirs qui attendent notre jeune public la semaine prochaine avec l’édition 2009 de Mon Premier Festival. Ce rendez-vous annuel des vacances de la Toussaint, pendant lequel s’enchaînent quelques films incontournables du 7ème art, sera marqué par deux temps forts : le ciné-concert de Nanouk l’Esquimau, qui est au documentaire ce que les films de Charlot sont à l’humour, et Capitaine Blood, un bijou du film de pirate, avec Errol Flynn devant la caméra de Michael Curtiz. Bondissant !

Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action