Avalanche
Chères spectatrices, chers spectateurs,
Ne sachant pas s’il y aura de la neige à Noël, nous vous proposons de vous y enfoncer grâce à L’Engloutie, premier long-métrage de Louise Hémon, et sans doute dernier grand film de l’année. Ce drame intime, social, féministe, historique et fantastique, tourné au cœur d’une montagne sauvage, est une révélation, porté par l’interprétation de Galatea Bellugi. Après l’avant-première de dimanche dernier qui a réuni douze membres d’une jeune équipe aussi talentueuse que soudée, L’Engloutie prend sa place au Grand Action.
Louise Hémon a suivi un beau parcours universitaire, plus l’atelier documentaire de la Fémis, avant de réaliser de nombreux courts, des documentaires et des films d’art vidéo, présentés notamment au Centre Pompidou. Elle arrive avec L’Engloutie, un premier long ambitieux et en costume, qui décrocha cette année les Prix Jean Vigo et André Bazin. Au tournant du XXe siècle, une jeune institutrice, hussarde républicaine, débarque dans un hameau isolé des Alpes, suscitant la curiosité, la méfiance, mais aussi le désir… qui déboule comme une avalanche ! Louise Hémon s’est plongée dans les carnets de ses aïeux, qui enseignèrent dans des lieux oubliés, pour immerger son héroïne dans la rude vie d’avant, les superstitions venues du fond des âges et le patois occitan alpin. Elle a aussi travaillé l’ambiance et l’atmosphère, servie par une équipe solide (dont Marine Atlan, jeune et très talentueuse cheffe-op) et surtout soudée, car il a fallu tourner dans des conditions difficiles que l’on voit à l’image. Autour de la formidable Galatea Bellugi – 28 ans et déjà 21 de carrière, vue notamment dans Chien de la Casse et La Condition -, Matthieu Lucci, Samuel Kircher et Sharif Andoura encadrent des comédiens amateurs, dont des enfants, absolument bluffants. L’Engloutie est plein de mystères, de dureté mais aussi de sensualité. Avec un ton singulier, le film confronte deux mondes, qui se rencontrent, mais ne peuvent s’entendre.
Rebuilding évoque un autre isolement, celui de Dusty (Josh O’Connor), dont le ranch a été dévasté dans un incendie. Réfugié dans un camp de fortune, il doit tout reconstruire, et d’abord sa relation avec sa fille de 10 ans. Le chemin sera long, mais Dusty finira par le trouver. Max Walker-Silverman, réalisateur plébiscité au Festival de Sundance, ausculte avec délicatesse l’Amérique rurale. Rebuilding est une très jolie fable de résilience, avec pour cadre les grands espaces que les catastrophes malmènent.
Les amateurs de cinéma de Hong-Kong, et particulièrement du producteur Tsui Hark qui sut le réveiller à la fin des années 1980, ont de quoi se réjouir. D’une part avec The Killer, polar iconique de John Woo, d’autre part grâce à la ressortie de la trilogie des Histoires de fantômes chinois. Les combats volants chorégraphiés par Siu-Tung Ching ont fait souffler un vent de nouveauté il y a une trentaine d’années. Quelle joie de les revoir restaurés en 4K, sur grand écran.
Le premier volet des Odyssées de Werner Herzog (La Nature) garde ses séances, tout comme Room Temperature où Dennis Cooper et Zac Farley décrivent comment « … dans les efforts déployés par la famille pour transformer son intérieur, passe la mélancolie d’une vie qu’il sera de toute façon impossible de maquiller en show divertissant…» comme l’écrit Frédéric Strauss dans Télérama. Et puis profitez des vacances pour voir les films de l’automne qui vous aurait échappés, comme Duel à Monte-Carlo del Norte, le dessin animé punk de Bill Plympton, Smashing machine, portrait d’une star du MMA de Benny Safdie, The Neon People, où Jean-Baptiste Thoret met en lumière l’Amérique des bas-fonds, et Une Bataille après l’autre, l’incontournable dernier PTA, sans oublier Lenny de Bob Fosse et Amours Chiennes d’Alejandro González Iñárritu.
Clôturons avec l’Enfance de l’Art. Mercredi à 10h30, ce sera un opportuniste Incroyable Noël de Shaun le mouton, toujours délicieux, et dimanche à 14h, Pompoko, bijou de l’animation japonaise signé Isao Takahata.
Belles fêtes.
Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action