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Éditoriaux

Souvenirs, souvenirs.

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Souvenirs, souvenirs.

Chères spectatrices, chers spectateurs, 

La vieille chanson de Johnny annonce parfaitement notre semaine puisque The Souvenir part I et part II, le diptyque que la réalisatrice Joanna Hogg est venue nous présenter en avant-première, tient le haut de l’affiche. D’autres souvenirs sont au programme : les traces de Michael Cimino que cherche Jean-Baptiste Thoret dans Michael Cimino, un Mirage Américain, la nostalgie de la jeunesse californienne de PT Anderson dans Licorice Pizza, les traumatismes de The Card Counter, le dernier Paul Schrader, la mémoire du Paris des années 80 de Neige de Berto et Roger, et d’autres récents succès qu’on évoque plus loin.

Produit par Martin Scorsese et Grand Prix à Sundance, The Souvenir part I et part II de Joanna Hogg, a quelque chose d’autobiographique. Étudiante en cinéma dans les années 80, elle rencontre un drôle de gars qui l’inspirera pour son film de fin d’étude, et aujourd’hui, pour un formidable diptyque. Car, après avoir mené sa carrière à la télévision et dirigé un premier long-métrage remarqué en 2007 (Unrelated), Joanna insiste sur grand écran. En 2019, elle réalise le premier volet de The Souvenir, et deux ans plus tard le second, mise en abîme du précédent. Les voici qui sortent en même temps et proposent une expérience rare, délicate et riche. De son passé de photographe, Joanna a retenu la rigueur du cadre et, du fond de son cœur, une idée de l’introspection. Julie, une apprentie cinéaste vit une histoire d’amour bizarre et destructrice avec un dandy anglais, sous le regard de sa mère. Si la romance tourne mal, elle offre à la jeune femme le sujet de sa première réalisation. Bien plus tard, Joanna prend des accents rohmériens pour nous raconter cette aventure, traumatisante certes, mais qui va structurer la vie de son héroïne, qui représente la femme et la cinéaste qu’elle est devenue. Honor Swinton-Byrne, fille de Tilda Swinton dans la vie et dans le film, incarne Julie. Les deux sont épatantes, et délicieusement britanniques, dans une Angleterre des 80’s restituée jusque dans les moindres détails.   

On connaît la passion de Jean-Baptiste Thoret pour le Nouvel Hollywood et particulièrement Michael Cimino, dont un cycle retrace une partie de la carrière en dents de scie. Après avoir publié un livre sur le cinéaste maudit (Les Voix perdues de l’Amérique, Ed Flammarion, 2013) et réalisé un film sur le crépuscule du rêve américain des années 60-70 (We Blew it, 2017), cet historien et critique de cinéma a repris sa caméra pour partir sur les traces, réelles et imaginaires, de Cimino. En retournant sur ses lieux de tournage, en rencontrant des personnes qui l’ont côtoyé, il dessine un portrait en creux du réalisateur auquel l’industrie cinématographique n’a jamais pardonné la liberté et l’ambition. Dimanche à 17h50, Marc Olry, distributeur de Michael Cimino, un Mirage Américain nous parlera de la genèse de ce documentaire passionnant. 

Paul Thomas Anderson est né en 1970. Il n’a donc pas vraiment connu le Los Angeles un peu fou fou de ces années-là, mais en garde pourtant un souvenir profond, qu’il réinvente avec une grande liberté. Licorice Pizza, formidable film foutraque sur l’amour inconditionnel d’un ado pour une jeune femme, est porté par un extraordinaire élan. Un mouvement que l’on retrouve, de façon moins chatoyante, dans Neige, film culte de Juliet Berto et Jean-Henri Roger sur le Barbès trash des années 80. The Card Counter, où Paul Schrader explore son thème chéri (la rédemption) à travers la dépression larvée d’un joueur de poker traumatisé, conserve quelques séances, tout comme Ham on Rye, étrange teen movie de Tyler Taormina, et l’indéboulonnable First Cow de Kelly Reichardt, projeté parfois dans la salle qui porte le nom de la réalisatrice.  

Niveau Enfance de l’Art, qui conclut traditionnellement cette lettre, on est sur Parker et Truffaut. Mercredi à 14h30, Bugsy Malone nous emmène dans une drôle de parodie musicale où des enfants (dont Jodie Foster, 14 ans à l’époque) jouent les gangsters vintages. Dimanche à 14h, le second tente de dompter L’Enfant Sauvage.  

Excellente semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action