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L'Édito

Ray au milieu.

L'Édito

Ray au milieu.

Chères spectatrices, chers spectateurs,
Suite logique de la ressortie sur copie neuve de la Fureur de Vivre, Nicholas Ray est au centre de notre programme de la semaine avec une rétrospective non exhaustive de son œuvre. Tout autour, beaucoup de choses.

D’abord une séance de L’INSERM fait son cinéma, jeudi soir. Dans le cadre de la Semaine du Cerveau, nos amis médecins nous convient (oui, car l’entrée est libre) à une avant-première, celle de Je Suis, d’Emmanuel Finkiel. La projection sera suivie par un débat avec Pascale Lebrun-Morel (Hôpital Coubert), Lionel Naccache (ICM, Hôpital de la Salpêtrière) et Pascale Pradat (Hôpital de la Salpêtrière).

Si le cerveau a sa semaine, le cinéma, lui, a son printemps. Dimanche, lundi et mardi, toutes les séances sont à 3,50 €. Une excellente et économique occasion de voir ou revoir Hugo Cabret, le merveilleux conte où Martin Scorsese fait renaître la magie de Méliès en 2D ou 3D, ou bien Go Go Tales, la vision drôle et trash d’un cabaret New Yorkais par Abel Ferrara, et d’autres films de notre cycle Chaud Business, ayant pour cadre ces lieus de débauche et de délice.

Pour reprendre notre médiocre jeu de mot du titre, Raymond Nicholas Kienzle (1911-1979), dit Nicholas Ray, fut au centre de plusieurs pratiques artistiques. Enfant plutôt doué, il s’intéresse à l’écriture et à la musique, mais l’architecture sera sa première vraie vocation. Etudiant, Nicholas Ray est sélectionné pour suivre les cours magistraux de Franck Lloyd Wright. Il en tire que « l’architecture est l’épine dorsale de tous les arts », et une perception aigüe de l’espace horizontal, chère au grand Wright, qui lui permettra d’appréhender mieux que personne le format tout en longueur du cinémascope. En attendant, le jeune Nick se cherche, hésite, et tente sa chance comme acteur de théâtre dans une pièce dirigée par son ami Elia Kazan. Il aurait pu plus mal tomber. Il s’associe ensuite à un directeur de compagnie de Broadway, John Houseman, qui se fait engager comme producteur par la RKO, emmenant Nicholas Ray dans ses bagages. Ainsi, c’est par la mise en scène d’une série B de gangsters, Les Amants de la Nuit, que débute, à 36 ans, le Ray-alisateur. Dans ce film au budget modeste, dont la sortie sera différée suite au rachat de la RKO par Howard Hugues, on peut percevoir deux thèmes chers à Nick : la désespérance de la jeunesse et la force de la fatalité. Il enchaîne avec des drames, comme Secret de Femme, avec Maureen O’Hara, et Born to be Bad, avec Joan Fontaine, et des films noirs, comme la très étonnante Maison dans l’Ombre, dont la première partie, urbaine, sombre et glauque contraste avec le seconde, rurale et lumineuse. Avec Les Indomptables, où Robert Mitchum incarne une star vieillissante du rodéo, Nicholas Ray aborde le western, un genre qui lui vaudra son premier grand succès. Sorti en 1954, Johnny Guitare casse les codes et la baraque ; outre l’utilisation très particulière de la couleur, c’est aussi le premier – et peut-être le seul – western féministe. Le lyrisme du film emporte le morceau et lance la carrière de Ray, que couronne La Fureur de Vivre, réalisée l’année suivante. Au delà du sujet et du mythe de l’anti-héros qu’invente Ray, c’est la présence de James Dean qui illumine Rebel without a Cause. Il est indispensable de voir ce film emblématique d’une certaine Amérique, aussi opulente que désorientée, surtout sur copie neuve. Un autre western, le Brigand bien-aimée, histoire de Jesse James, complète le programme, qui se clôt logiquement avec Nick’s Movie, l’hommage rendu à son maître par Wim Wenders.

De Ray à cabaret, l’enchaînement ne tient qu’à quelques syllabes. Bienvenu donc dans le monde de la nuit que célèbre notre festival Chaud business. Qu’elle soit new yorkaise, comme dans Go Go Tales, de Ferrara, berlinoise comme dans L’Ange Bleu de Von Sternberg ou Cabaret de Bob Fosse, la nuit reste la nuit. Et, du fin fond du Minnesota, dépeint par Altman dans The Last Show, en passant par Paris et son French Cancan, de Jean Renoir, ou la province, comme dans la Tournée improbable de Mathieu Amalric, ce qui s’y passe ne voit jamais le jour. Autre art du noir, le cinéma a parfois su mettre en lumière ce monde aussi obscur que brillant. La preuve en quelques films.

Avant de conclure avec notre rituelle Enfance de l’Art, redisons que le magique Hugo Cabret est toujours à l’affiche et signalons que, samedi à 14h, une séance spéciale sera consacrée à Rosemary’s Baby, le plus terrifiant bébé de Roman Polanski. Quant à l’Enfance de l’Art, elle nous rappelle que Marx ne se borne pas au Capital ; La Soupe au Canard des quatre Marx servie par Leo McCarey est diablement plus drôle et digeste.

Bon printemps du cinéma.

Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action