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Éditoriaux

Licorice movie.

Éditoriaux

Licorice movie.

Chères spectatrices, chers spectateurs, 

La réglisse (licorice en anglais) évoque la douceur de l’enfance, un goût sucré et amer qui glisse dans la gorge. C’est cette saveur que l’on retrouve dans Licorice Pizza, le dernier Paul Thomas Anderson qui chante la jeunesse et la liberté. On la sentira aussi dans le cycle Laurel & Hardy éternels, moins dans le taciturne The Card Counter, de Paul Schrader, ou dans Neige, plongée dans le Barbès déglingué des années 80, de Juliet Berto et Jean-Henri Roger. Outre ces films encore à l’affiche, la semaine propose un nouveau cycle Michael Cimino et, évidemment, quelques événements. 

Vendredi à 20h, Les Rendez-vous du cinéma Grec nous embarquent à bord de l’Express Scopelitis, le ferry qui relie les Cyclades, en toute saison et depuis 40 ans. Le documentaire d’Emilia Miliou suit la vie des marins et celle de ces îles, si authentiques quand les touristes sont partis. 

William Lubtchansky a éclairé le film Neige, touchant tableau trash d’un Paris disparu, co-réalisé par Juliet Berto et Jean-Henri Roger. Quand la distributrice Jane, fille de Jean-Henri, décida de restaurer en 4K le film de son père, elle en confia la supervision à Renato Berta, chef opérateur attitré de Jean-Henri, et Irina Lubtchansky, fille de William. Samedi à 19h15, avant la projection, les deux experts nous expliqueront leur travail. 

Lundi à 19h30, Jacques Nolot et Yann Gonzalez sont les invités du Directors’ Club. Le premier nous parlera de La Chatte à 2 têtes, qu’il réalisa en 2002, et le second, journaliste et cinéaste du fantasme, dira pourquoi cette étrange histoire d’amour dans un cinéma porno le fascine. 

Autre moment fort de la semaine, l’arrivée sur nos écrans d’un cycle Michael Cimino, avec quelques-uns de ses films emblématiques, tels La Porte du Paradis, L’Année du Dragon, Voyage au bout de l’Enfer et Le Canardeur (en 35mm). Ces projections annoncent la sortie de Michael Cimino, un mirage américain, où le journaliste et documentariste Jean-Baptiste Thoret, après son très remarqué We blew it, dresse un portrait en creux de ce génial marginal du Nouvel Hollywood. Ce sera mercredi prochain.

En attendant, ce qui nous occupe, c’est Licorice Pizza, le nouveau Paul Thomas Anderson. Une fois encore, le cinéaste situe son action dans la région de Los Angeles (NB : tous ses films, sauf Phantom Thread, se passent en Californie), et dans les années 70, celles de sa jeunesse, déjà évoquées dans Boogie Night et Inherent Vice. Licorice Pizza commence par le coup de foudre de Gary, un ado rondouillard, malicieux et cabotin, pour Alana, une longue jeune fille, papillonnante et au « beau nez juif », bien plus âgée que lui. Fantasque et déterminé, Gary va entraîner Alana dans ses délires : comédie stupide, business de waterbeds ou de flippers, improbable livraison dans un camion privé d’essence par la première crise pétrolière. Joyeusement foutraque, comme l’époque dans laquelle il se situe, Licorice Pizza dégage un immense sentiment de liberté ; celle des personnages (formidables Cooper Hoffman et Alana Haim, retenez leur nom), et celle de la narration. Mais, derrière cet apparent bordel, incarné par les apparitions surréalistement drôles des trois guests (Sean Penn, Tom Waits et Bradley Cooper), la maîtrise de PTA impressionne. Il tente tout et réussit tout en poussant à fond l’élan vital de Licorice Pizza et de ses personnages. Un feel good movie intelligent, et incroyablement vivant ; on va bien mieux après l’avoir dégusté.

A cette ode à la jeunesse peut répondre Ham on Rye, l’étonnant teen movie de Tyler Taormina, qui conserve quelques séances, tout comme First Cow, le dernier film de notre chère Kelly Reichardt, et, bien sûr, The Card Counter, où Paul Schrader, à travers le portrait d’un joueur de poker abîmé par la vie, poursuit son exploration du thème de la rédemption. 

Les trois séries de courts-métrages burlesques rassemblés dans le cycle Laurel & Hardy éternels, introduisent merveilleusement notre traditionnelle conclusion avec L’Enfance de l’Art.  Mercredi à 14h30, dès 6 ans, on suivra L’Extraordinaire Voyage de Marona, un petit chien accidenté inventé par Anca Damian. Dimanche à 14h, avec Nicolas Philibert, on observera Nénette, l’orang-outang du Jardin des Plantes, qui observe les humains qui l’observent.  

Licorice semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action