L'Édito

Salut public

Chères spectatrices, chers spectateurs,

Très attendu, Notre Salut arrive cette semaine sur nos écrans après l’avant-première de vendredi dernier. Beaucoup considèrent que ce film, où Emmanuel Marre fait le portrait d’un collabo ordinaire (son arrière-grand-père), méritait la Palme d’Or à Cannes. C’est aussi notre avis. A ne pas rater dès mercredi 12h, en présence du réalisateur. Notre Salut rejoint nos dernières nouveautés (L’Invitation, comédie acide d’Olivia Wilde, et Écrire la vie, le passionnant doc où Claire Simon filme de jeunes lecteurs d’Annie Ernaux) et ne perturbe pas notre programme événementiel. Quatre rendez-vous cette semaine, dont l’avant-première de Ton Animal maternel lundi à 20h ; nous sortirons la semaine prochaine ce dernier film de Valentina Maurel, cinéaste du Costa Rica, que l’on adore.

Le Ciné-club AFSI est organisé par l’Association Française du Son à l’Image. Des membres de cette association professionnelle seront présents jeudi à 19h30 pour débattre après la projection de Il faut sauver le soldat Ryan, où Steven Spielberg recrée (brillamment) le débarquement.
Dimanche à 11h30, le GrecDoc reprend ses séances mensuelles avec les Chemins d’inclusion, où Fanis Topsachalidis suit des programmes d’insertion de personnes en situation de handicap. Un 52’’ précédé de 
Tokei Maru, court-métrage de sauvetage marin de Zachos Samoladas. Lundi à 20h, Valentina Maurel et son actrice Marina de Tavira seront dans la salle pour débattre avant l’avant-première de Ton Animal maternel. Un magnifique portrait de trois femmes portés par trois actrices qui ont reçu le Prix de l’Interprétation Féminine dans la section Un certain Regard au Festival de Cannes 2026.
Il est des films mythiques et Zabriskie Point (musique de Pink Floyd) en fait partie. Le Ciné-club des Ecoles a choisi ce Michelangelo Antonioni pour son rendez-vous de mardi à 20h. Laurent Bachet, journaliste, contextualisera ce brulot révolutionnaire, et en débattra avec le public. Échec à sa sortie, Zabriskie Point marquera pourtant son époque et influencera le cinéma américain des années 1970.
Emmanuel Marre s’est fait connaître avec Rien à foutre. Pour son deuxième long-métrage, il fait le portrait d’un type qui n’a rien à perdre… et qui perdra tout ; son honneur, son amour, ses espoirs. Notre Salut, pas plus que celui de la France pétainiste d’après-guerre, n’est venu du cercle opportuniste qu’Henri Marre, aïeul du réalisateur, tente de pénétrer. Swann Arlaud interprète ce petit collaborateur, méthodique, besogneux, ambitieux, imbu de lui-même mais sans grande envergure, qui pense qu’une défaite honteuse va le sauver de son naufrage personnel. En s’appuyant sur la correspondance entre ses deux ancêtres – Henri écrivit beaucoup à Pauline, sa femme, formidable Sandrine Blancke à l’écran – Emmanuel Marre donne à voir un volet méconnu de cette période sombre où une clique de médiocres pensent que la défaite annoncera leur heure de gloire. Notre Salut se sert d’images d’archive, astucieusement remixées, et sonne parfois comme un documentaire, mais hautement stylisé. Lumière crue, dialogues saisis au vol, comportements hiératiques, fausses confidences et vraies manigances sont portées par une mise en scène très singulière, parfois rigide et un peu froide, mais terriblement évocatrice. Les courriers des époux Marre rythment l’histoire et la décalent, tandis que le réalisateur prend d’étonnantes libertés (la chorégraphie sur Popcorn, un grand moment). Dans le paysage cinématographique français, Notre Salut sort du lot, dans ce qu’il raconte comme dans la tonalité de son récit, couronné du Prix du scénario au dernier festival de Cannes. L’immanquable de la rentrée que son auteur viendra nous présenter mercredi à midi.

Retrouvez sur notre site le reste de notre programme, et bouclons avec l’Enfance de l’Art. Dimanche à 14h, elle allume Les Lumières de la ville, un bouleversant Charlie Chaplin.

Salutaire semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action