Un éléphant, ça trompe.
Chères spectatrices, chers spectateurs,
Notre sortie de la semaine est une quête ; celle de pachydermes géants, mais invisibles, par un scientifique poète que filme un cinéaste qui manie la science et la poésie. Werner Herzog suit donc le Docteur Steve Boyes sur les hauts-plateaux angolais à la poursuite des Ghost Elephants ; un somptueux documentaire, voyage dans la brousse et l’imaginaire. Il y a aussi beaucoup d’imaginaire dans les deux premiers long-métrages que nous vous proposons cette semaine : Blue Heron, film intimement familial de Sophy Romvari, et L’Âge d’or, film brillamment hybride de Bérenger Thouin que nous verrons en avant-première. Ce sera jeudi à 20h, en présence du réalisateur, en attendant la sortie du film le 11 novembre prochain. L’autre événement de la semaine va vrombir, puisqu’un Ramy Ciné-club la cloturera mardi à 20h avec Drive, de Nicolas Winding Refn.
Si vous ne voulez pas attendre l’automne pour découvrir L’Âge d’or, rendez-vous jeudi à 20h pour la projection de cette pépite de Bérenger Thouin organisée dans le cadre des Avant-Premières #11 ! CIP. Diplômé de l’ENS Louis Lumière, il a expérimenté son écriture singulière en signant des courts-métrages que nous avions remarqués. Pour construire son récit, il mêle prises de vue réelles et images d’archives, voire virtuelles, faisant émerger une tonalité étonnante. Dans L’Âge d’or, il pousse encore plus loin sa démarche pour nous raconter la vie de Jeanne Lavaur, une femme au destin exceptionnel qui traverse le tumultueux XXe siècle pour « croiser l’histoire et embrasser le monde ». Bérenger sera présent jeudi soir pour nous présenter son film et en débattre ensuite.
Plus « fast and furious » que jamais, l’instigateur du Ramy Ciné-club va rugir mardi à 20h pour nous montrer Drive où Nicolas Winding Refn confit le volant à l’impassible, à l’impitoyable, au magnétique Ryan Gosling. Le cascadeur de jour et chauffeur de gangsters la nuit va électriser notre ami Ramy, qui mènera le débat après la projection de ce film de 2011 (déjà).
Après ses deux exceptionnelles avant-premières, Ghost Elephants arrive enfin sur nos écrans en plein programme. Werner Herzog nous entraîne dans un fascinant voyage avec le Docteur Steve Boyes qui, depuis plus de 10 ans, tente de trouver la piste d’un troupeau d’éléphants fantômes… Guidé par les pisteurs les plus expérimentés sur les hautes terres de l’Angola où se cacheraient les mystérieux pachydermes, Boyes est un personnage aussi fascinant que les bêtes qu’ils cherchent. Poursuit-il un rêve ? Une chimère ? Il va jusqu’au « bout du monde » – ainsi ses guides nomment-ils le territoire qu’il arpente – pour rencontrer quoi ? Qui ? Pourquoi ? Herzog est un magicien.
A qui sait la saisir, le cinéma donne l’opportunité d’explorer sa propre histoire en lui apportant un nouvel éclairage. Sophy Romvari revient sur ses souvenirs des années 1990 où, petite dernière d’une famille d’immigrés hongrois, elle s’installait sur l’île de Vancouver avec ses parents et ses trois frères. Sauf que la banalité de la situation était perturbée par l’aîné, un adolescent en crise. Voilà Blue Heron, un film d’une grande délicatesse, peint par petites touches sensibles qui dépasse l’autofiction revendiquée pour regarder le passé autrement. Une œuvre sensible, très subtilement interprétée et mise en scène avec modernité.
On retrouve évidemment Disclosure Day accompagné de la seconde partie du Cycle Steven Spielberg, Bouchra, l’étonnant dessin-animé queer d’Orian Barki et Meriem Bennani, et quelques séances pour de plus anciens succès (Un Balcon à Limoges de Jérôme Reybaud ou The Mastermind de Kelly Reichardt, etc). On finit en jeunesse avec la séance dominicale (14h) de l’Enfance de l’Art : nous verrons le film d’animation de Marcel Barelli, Mary Anning, jeune anglaise du XIXe, pionnière de la paléontologie.
Belle semaine.
Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action