L'Édito

Diabolique jeunesse.

Chères spectatrices, chers spectateurs,

Alors que la jeunesse défile dans la rue en défiant le pouvoir qui la maltraite, elle est célébrée par notre nouvelle édition du Smells Like Teen Spirit Festival #10. Rien de diabolique là-dedans, contrairement à la folie qui saisit la ville de Loudun au XVIIe siècle lorsqu’un abbé influent est accusé d’avoir pactisé avec Satan. Voici le cadre dont s’empare Ken Russell pour Les Diables, son film culte (sans jeu de mot) réalisé en 1971 et magnifiquement restauré en 4K. Un choc baroque qui arrive cette semaine sur nos écrans.

Pendant deux semaines, un vent de jeunesse va souffler sur le Grand Action avec la 10e édition du Smells Like Teen Spirit Festival. Notre annuel rendez-vous du teen-movie débute en fanfare vendredi à 19h30 avec Barça Zou ; Paul Nouhet y revient sur ses vacances d’adolescents parmi les skateurs barcelonais, et nous présentera son film en avant-première, accompagné de son équipe. La musicienne Malibu et l’illustratrice Melek Zertal introduiront, elles, les projections halloweenesques de samedi 19h et 21h15, respectivement, Donnie Darko, l’amitié d’un garçon timide et d’un lapin géant de Richard Kelly, et Battle Royale, de Kinji Fukasaku. Dimanche après-midi, ce seront les deux séances de la Compétition de courts-métrages en présence des équipes des films sélectionnés. À 19h, la cinéaste Róisín Burns, lauréate du Prix du public de notre festival en 2025 et autrice de la bande annonce de celui de cette année, introduira Seventeen, de Joel DeMott et Jeff Kreines. Une copie restaurée de Not a pretty picture, de Martha Coolidge, artiste et cinéaste féministe, fermera le week-end à 21h15. Lundi à 19h30, le réalisateur Brieuc Schieb nous parlera de Day is done, de Mike Kelley, et le lendemain à 20h, l’équipe du Breakfast club viendra nous présenter Linda Linda Linda, de Nobuhiro Yamashita. La suite la semaine prochaine.

Loudun, bourgade de la Vienne pourtant paisible, fut le théâtre d’un fait divers retentissant en 1634 : le procès du prêtre Urbain Grandier qui le conduisit au bûcher pour sorcellerie. Le drame des « possédées de Loudun », où des Ursulines accusèrent ce curé de les avoir envoûtées, inspira un récit à Aldous Huxley, adapté au théâtre par John Whiting, dont Ken Russell tira Les Diables, film génial et maudit. En 1971, Ken Russell est déjà un réalisateur sulfureux suite au scandale que provoqua, deux ans plus tôt, Love, son premier film personnel, déjà avec Oliver Reed. Ce dernier endosse la soutane de Grandier, tandis que Vanessa Redgrave enfile la robe de bure de Jeanne des Anges, l’une des religieuses qui l’accusa de toutes les perversions. Figure controversée, car séducteur et tolérant avec les protestants, Grandier ne manquait pas d’ennemis, à commencer par le puissant Cardinal de Richelieu. Ken Russell se saisit de ce sujet en or pour mettre en scène la folie et la sauvagerie de l’époque avec une gothique flamboyance. Le sexe est au cœur du film et sœur Jeanne en porte toutes les turpitudes et les frustrations. Profondément anticlérical, visuellement éclatant, souvent violent et d’un érotisme baroque, Les Diables choqua, au point d’être censuré et remonté sans l’aval du réalisateur. Il arrive ce mercredi dans une version originale et somptueuse, avec cet intact goût de soufre révolutionnaire qui caractérise l’œuvre de Ken Russell, immense cinéaste qu’il serait criminel de cantonner à un faiseur de séries B horrifiques et provocatrices. Les Diables est un monument à (re)découvrir d’urgence ; à réserver toutefois à un public de plus de 12 ans.

Également à l’affiche, le Peking opera blues, comédie d’action où Tsui Hark donne le beau rôle à trois jeunes femmes que tout oppose (mais finalement rapproche) dans la Chine prérévolutionnaire de 1913, gouvernée par d’indignes potentats. Un film bondissant qui mélange les genres avec une grande liberté. On retrouve aussi Ton Animal maternel, le beau film familial de Valentina Maurel et, bien sûr, Notre Salut, le carton de la rentrée, où Emmanuel Marre dresse un portrait sans concession de son aïeul, collabo ordinaire, et du régime qu’il sert avec diligence.

D’autres films au programme, et les dernières lignes pour les deux séances de l’Enfance de l’Art. Mercredi à 10h30, elle nous entraîne sur la piste du Grand méchant renard, de Benjamin Renner, puis sur les traces du Robot sauvage, de Chris Sanders jeudi à 10h30.

Diabolique semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action