Alexandre Koberidze, l’expérimentateur des feuilles mortes.
Chères spectatrices, chers spectateurs,
L’été est la saison des découvertes et nous sommes heureux de vous sortir des sentiers battus en vous proposant Dry Leaf, accompagné d’un Cycle Alexandre Koberidze, cinéaste aussi déroutant que passionnant, plébiscité par le Festival Entrevues de Belfort. Mercredi à 19h45, Nicolas Moreno, fondateur et rédacteur en chef de la revue Tsounami, viendra nous présenter Dry Leaf, tandis que sa camarade Zoé Lhuillier nous décryptera son Let the Summer Never Come Again samedi à 18h. Dans le même registre des génies singuliers, Werner Herzog poursuit sa traque des Ghost Elephants et Sophy Romvari sa quête d’une vérité familiale dans Blue Heron. Évidemment, le Cycle Steven Spielberg – dont c’est la dernière semaine – programmé pour introduire Disclosure Day, garde l’affiche, tout comme un certain nombre de nos récentes sorties, que vous retrouverez toutes sur notre site.
Né en Géorgie Soviétique en 1984, Alexandre Koberidze y étudie l’économie de la production, avant de s’exiler à Berlin pour intégrer la prestigieuse Deutsche Film und Fernsehakademie où il réalise ses premiers courts-métrages, imposant déjà son propre ton ; Der Fall (2013), l’histoire d’un homme et d’un âne qui pénètrent dans un café provoquant la mort de trois personnes, se voit attribué la mention « particulièrement précieux » par l’école. Après Colophon, qui joue avec un prisme pour déformer les images, Koberidze passe au long avec Let the Summer Never Come Again, l’histoire d’un danseur qui boxe dans des combats clandestins et se prostitue ; ces plus de 200 minutes expérimentales « d’exploration de l’amour à l’ère du numérique » tournées avec un téléphone, remportent le Grand Prix du Jury et celui du Meilleur Premier Film au FIDMarseille en 2017. Samedi à 18h, Zoé Lhuillier nous introduira la projection pour la revue Tsounami. Le réalisateur sera encore sélectionné à la Berlinade de 2021 avec Sous le ciel de Koutaïssi, où un couple vit une malédiction. Ces deux films composent le Cycle Alexandre Koberidze qui accompagne la sortie de Dry Leaf, son dernier long-métrage, tourné avec le même téléphone que pour Let the Summer Never Come Again, mais avec une prise de son séparé. Koberidze s’appuie pour son nouveau film sur ses deux passions : le cinéma et le football. D’ailleurs, une « feuille morte » est une forme de tir où le ballon, frappé avec délicatesse, retombe gentiment dans le but, humiliant le gardien. Dans Dry Leaf, un père part à la recherche de sa fille, une journaliste sportive, disparue après être partie photographier les terrains de football de la pampa géorgienne. Tourné en basse résolution (à dessein) et accompagné d’un motif musical minimaliste, Dry Leaf oublie vite l’argument policier pour s’en remettre aux échanges entre le père et un ami de la disparue. Ce film éminemment singulier de plus de trois heures sera utilement analysé mercredi à 19h45 par Nicolas Moreno de la revue Tsounami qui consacre un passionnant dossier au cinéaste. Nous en profitons pour vous annoncer une bonne nouvelle : Tsounami aura, dès la rentrée, son ciné-club au Grand Action. Bienvenue !
Les autres vedettes de la semaine sont des quêtes fantômes : Ghost Elephants, fascinant documentaire où Werner Herzog filme la traque obsessionnelle du Docteur Steve Boyes sur la piste d’un mystérieux troupeau de pachydermes sur les hauts-plateaux angolais. Sublimes paysages, personnages hors du commun et envoûtante passion, mis en scène avec toute la maestria herzoguienne. Dans un registre plus intime, Sophy Romvari reconstruit son histoire familiale dans Blue Heron, filmé avec une immense délicatesse et une belle originalité.
On poursuit aussi avec Bouchra, l’étonnant film d’animation queer d’Orian Barki et Meriem Bennani, l’incontournable Disclosure Day accompagné de la dernière semaine du Cycle Steven Spielberg et de nos anciens succès (La Revanche d’une blonde, Un Balcon à Limoges, The Mastermind, etc). Dernières lignes pour l’Enfance de l’Art qui prend ses aises en cette première semaine de vacances avec trois séances. Celle de mercredi 10h30 attirera le très jeune public avec Les Tourouges et les Toubleus, dessin animé chromatique, et deux autres célébrerons le Cadet d’eau douce de Buster Keaton, jeudi 10h30 et dimanche 14h. L’homme qui ne rit jamais (mais nous fait rire) les mérite amplement.
Très belle semaine.
Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action