Le chaos selon Herzog.
Chères spectatrices, chers spectateurs,
François Truffaut a qualifié Herzog de « réalisateur le plus important du monde », vous pourrez en juger par vous-même grâce à la rétrospective du distributeur Potemkine. Après Nature, voici donc le deuxième volet des Odyssées de Werner Herzog, pertinemment nommé Le Chaos, domaine où le cinéaste allemand excelle. Chaos que l’on retrouve aussi dans la vie de Marty Supreme racontée par Josh Safdie, sous une forme citoyenne dans Soulèvements, de Thomas Lacoste, et comme une machine qui se dérègle dans The Mastermind de Kelly Reichardt. Cette semaine sera également rythmée par trois événements, dont une présentation critique de Nosferatu, fantôme de la nuit, jeudi à 19h30. Commençons par les deux autres.
Mercredi à 20h, le Collectif jeune Cinéma nous propose une rencontre avec Clint Enns, artiste hors-norme, mathématicien et blagueur. Il a sélectionné un programme éclectique Broken Dreams & Tele-bingo Mutations, qui présente la scène underground de Montréal. Après la projection de ses films courts, expérimentaux et souvent rigolos, Clint débattra avec la salle.
Mardi à 20h, Ramy et Kika du Ramy Ciné-club nous proposent Macadam Cowboy, film phare du Nouvel Hollywood signé John Schlesinger en 1969, porté par Dustin Hoffman, Jon Voight et la chanson Everybody’s talkin‘… Avec sa verve habituelle, Ramy animera le débat qui suivra la projection de ce tragique buddy-movie.
Avec Fassbinder, von Trotta, Wenders et quelques autres, Herzog incarne le Nouveau cinéma allemand (Neuer deutscher film), héritier de la Nouvelle Vague française avec une approche plus contestataire. Werner Herzog aime la Nature, objet du cycle précédent, mais aussi les défis, la provocation et l’antagonisme. Il fera d’ailleurs un documentaire de son amour-haine avec Kinsky, un de ses acteurs fétiches (Ennemis intimes). Après la Nature donc, voici venir Le Chaos, deuxième volet des Odyssées de Werner Herzog, où l’on s’intéresse au côté nettement plus disruptif de ce cinéaste de l’extrême. Sept films au programme, dont des fictions incontournables : Les Nains aussi ont commencé petits, L’Énigme de Kaspar Hauser interprété par Bruno S., ancien interné psychiatrique, « le meilleur des grands acteurs avec lequel j’ai travaillé », dira Herzog et Nosferatu, fantôme de la nuit (Klaus Kinski dans le rôle-titre, aux côtés d’Isabelle Adjani), que le critique Stéphane du Mesnildot nous présentera jeudi à 19h30. Des documentaires figurent également au programme du Chaos, dont La Ballade de Bruno, où nous retrouvons Bruno S., Leçons de ténèbres, sur les conséquences de la guerre du Golfe, et Échos d’un sombre empire, en l’occurrence le centrafricain de Bokassa.
Aussi vif et tendu qu’une partie de ping-pong, Marty Supreme continue de séduire. S’inspirant de l’histoire vraie de Marty Reisman, champion ambiguë de tennis de table des années 1950, Josh Safdie offre à Thimotée Chalamet un rôle en or. Survolté, cabotin, séducteur, arrogant, gaffeur, tantôt génial et parfois stupide, il est Marty Supreme dans un film flamboyant. Signalons la magnifique photo du chef-opérateur Darius Khondji, qui pourrait bien glaner l’un des Oscar que Marty Supreme devrait ramasser lors de la prochaine cérémonie.
Soulèvements, formidable documentaire de Thomas Lacoste, témoigne du combat des Soulèvements de la Terre porté par une jeunesse déterminée. On est avec eux, pendant tout le film, et même après.
N’oubliez pas la suite du programme, dont The Mastermind accompagné du Cycle Kelly Reichardt. Vacances obligent, L’Enfance de l’Art retrouve deux projections matinales pour les petits, en l’occurrence Le Carnaval de la petite taupe, de Zdeněk Miler (mercredi 10h30) et Beurk ! (jeudi 10h30). Les plus grands seront là dimanche à 14h, pour la séance du Sandwich Club. Suzanne De Lacotte présentera et débattra de Nausicaä de la vallée du vent, d’Hayao Miyazaki.
On vous souhaite une semaine pas trop chaotique, ou alors avec Herzog.
Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action