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L'Édito

Bonjour la langue et adieu Paul. 

L'Édito

Bonjour la langue et adieu Paul. 

Chères spectatrices, chers spectateurs, 

Paul Vecchiali nous a quittés en janvier 2023. Plus de deux ans plus tard, ce brillant et facétieux cinéaste nous adresse son dernier film, Bonjour la langue, improvisé avec Pascal Cervo, qui viendra nous le présenter mercredi à 20h et dimanche à 18h10. Loin du ton intime et touchant de Vecchiali, notre autre sortie de la semaine est la réédition d’un modèle de gunfights movie. 33 ans après sa sortie, voici revenir le pétaradant À toute épreuve, de John Woo, sur copie neuve. Un événement bouclera la semaine et commençons par lui. 

Mardi à 20h, Alexandra Simpson sera dans la salle pour nous présenter son premier long-métrage : No Sleep till. Membre du collectif Omnes Films – comme Tyler Taormina et Carson Lund (Eephus) – cette cinéaste franco-américaine s’est faite remarquer à la Mostra de Venise et aux Entrevues de Belfort. Indépendant et singulier, No Sleep till nous entraîne dans une Floride méconnue, loin des plages et du tourisme, où se croisent des errances solitaires. Un film choral qui aurait perdu le goût du chant…

Une salle du Grand Action porte le nom de Paul Vecchiali, et il est donc naturel que son ultime film, Bonjour la langue (réponse en clin d’œil à L’Adieu au Langage de Godard), sorte chez nous. Mercredi à 20h et dimanche à 18h10, Pascal Cervo, qui donne la réplique à Vecchiali dans cet « impromptu » largement (et brillamment) improvisé, viendra nous parler de ce film simple et touchant, tourné en une journée, qui est plus une profession de foi au « cinéma nu » qu’affectionne le réalisateur qu’une œuvre testamentaire. Un fils, qui vit loin de son père, vient le visiter par surprise alors que la mort rôde autour du vieil homme. En trois temps, les deux évoquent la vie, le passé, les deuils, ainsi que la vérité de leur relation et de leur éloignement. Paul a bouclé le montage quelques jours avant sa mort ; mais, même si Vecchiali fait référence à d’autres de ses œuvres, Bonjour la Langue n’est pas qu’un film nostalgique ; c’est un message délicatement sincère à la vie, possible et riche jusqu’au dernier instant, surtout avec une caméra. 

Il y a beaucoup de « derniers instants » dans À toute épreuve, où les flics et les truands de John Woo se flinguent à tout va. Le distributeur Metropolitan Filmexport s’est lancé dans la restauration de nombreux films Hongkongais (on en reparlera), dont Woo est un éminent représentant. Le réalisateur quitta le territoire pour Hollywood en 1992, juste après la sortie de À toute épreuve, 5 ans avant sa rétrocession prévue à la Chine. Cette réalité politique sert, par anticipation, de cadre au film, où un groupe de policiers s’attaque à la suprématie des gangs. Modèle « d’heroic-bloodshed » (littéralement carnage héroïque), un sous-genre popularisé dans les années 80 par John Woo et quelques autres (Tsui Hark, Ringo Lam…), ces films reprennent les codes du cinéma de kung-fu… sauf que les guns remplacent les armes blanches et les poings ! 

Vous constaterez en fin de lettre que Shocker et le Cycle Wes Craven restent au programme, tout comme The African Queen, Plus fort que le diable, et Moulin Rouge, les trois incontournables John Huston réédités cet été. Si The Phoenician Scheme, le dernier Wes Anderson, demeure, pour l’heure, notre meilleur score de l’année, la palme du succès estival revient à La Trilogie d’Oslo de Dag Johan Haugerud. Ce triptyque (Désir, Amour, Rêves), qui explore en trois films indépendants nos amours occidentales contemporaines, est l’une des plus belles révélations cinématographiques de 2025. 

On termine, bien sûr, avec les séances de l’Enfance de l’Art. Les deux seront animées, avec un jeu de memory géant avant Petits contes sous l’océan (mercredi 10h30), et un goûter suivra la projection de Ponyo sur la falaise, d’Hayao Miyazaki, dimanche 14h. 

Belle semaine. 

Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action