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L'Édito

De Wall Street à Télérama.

L'Édito

De Wall Street à Télérama.

Chères spectatrices, chers spectateurs,
Comme chaque année en janvier, juste après les vœux, arrive le Festival Télérama : une semaine de rattrapage pour voir les films de l’année précédente. Nous avons sélectionné les 7 (un par jour) qui nous ont marqués en 2013 et que l’on voudrait vraiment que vous ayez vus. Inutile en revanche d’attendre la prochaine édition du Festival pour venir voirLe Loup de Wall Street. Le dernier Scorsese est toujours à l’affiche, avec ce formidable Léo DiCaprio qui vient d’obtenir un Golden Globe pour ce rôle… en attendant un probable Oscar.

Même si les chiffres de la fréquentation ont été en baisse (la faute, entre autres, aux flops de certaines comédies françaises qui n’ont pas tenu leur promesse), 2013 fut une belle année de cinéma. Y compris d’ailleurs pour notre cinéma national qui décrocha la Palme d’Or grâce à la force, la vitalité et la justesse de La Vie d’Adèle, d’Abdellatif Kechiche. Si cette magnifique histoire d’amour portée par deux comédiennes justement récompensées restera comme le grand film français de l’année, il ne doit pas éclipser le troublant Inconnu du Lac, autre représentant de notre cher cinéma d’auteur. Baignés dans une lumière éclatante, les bords d’un lac sont le rendez-vous des gays en vacances et en goguette. On s’observe, on se cherche, on se drague et on se fait ce qu’on a à se faire. Mais un tueur rode. Fidèle à lui-même, Alain Guiraudie donne une partition subtile et inquiétante. Outre ces deux films français (projetés respectivement samedi et mardi), le Festival Télérama : au Grand Action est plutôt américain. Ça commence mercredi avec Frances Ha, un délicat portrait de new yorkaise en noir et blanc signé Noah Baumbach. Greta Gerwig est craquante dans la peau d’une apprentie chorégraphe qui rit, qui danse et qui se perd un peu dans la vie. Autre registre jeudi avec le train d’enfer du Snowpiercer de Bong Joon-Ho. Tiré d’une bande dessinée, ce convoi métaphorique de la société qui sépare les classes sociales et ne peut s’arrêter, est un choc visuel. Vendredi, ce sera le Woody Allen de l’année, Blue Jasmine : un très bon cru. Cate Blanchett (également récompensée au Golden Globe) est formidable dans le rôle de cette grande bourgeoise dont la vie s’effondre et qui doit tout reconstruire. Samedi donc, Vie d’Adèle, et dimanche Django Unchained, l’hommage détonnant de Quentin Tarantino au western en général et spaghetti en particulier. Avec son sens inné du spectacle et du dialogue, ce trublion de Tarantino nous concocte une merveille de kitcherie sanguinolente, servie par un trio d’acteurs épatants : Jamie Foxx, l’esclave transformé en Siegfried, Christoph Waltz, le dentiste qui tire aussi bien qu’il parle, et Léonardo DiCaprio, qui débutait dans les rôles de méchants auxquels il semble prendre goût avec l’âge. Lundi, plongeons Inside Llewyn Davis, un folk singer un peu raté, dont les frères Coen suivent avec leur talent habituel les errances dans le Greenwitch Village des années 60. Et mardi nous terminerons la semaine avec L’inconnu du Lac.

Nous parlions plus haut de DiCaprio qui semble avoir définitivement enterré le gentil Jack de Titanic qui l’a pourtant rendu célèbre. Du temps qui passe et qui est parfois cruel avec les acteurs (et les actrices qui, le monde étant ce qu’il est, en pâtissent plus encore), Léo tire une nouvelle rage de jouer. Sa prestation de Loup de Wall Street n’est pas étrangère au succès et à l’abattage du film. Grotesque, arrogant, cupide, défoncé jusqu’à la moelle, il interprète un jeune broker qui, au tournant des années 90, va s’enrichir de façon obscène et malhonnête. Il est rare qu’une star de sa trempe prenne autant de risques dans un film. Alors c’est sûr, devant la caméra de Scorsese, quand on est comédien, on est prêt à pas mal de choses. D’autant que Martin a ici retrouvé une fougue de filmer (l’avait-il vraiment perdue ?) tout à fait réjouissante pour donner sa vision des dépravés de la finance : cruelle et sans concession. Si on pouvait parfois le suspecter d’une certaine empathie pour ses gangsters Affranchis, il n’en a aucune pour les bandits en col blanc qu’il humilie jusqu’à l’écœurement. Le Loup de Wall Street est une plongée dans la démesure et l’absence sidérante de morale. Une ode au vide qui tourne à plein régime.
Bonne semaine téléramesque.

Isabelle Gibbal-Hardy
et l’équipe du Grand Action