Scroll down
L'Édito

Sensibilités hongroises

L'Édito

Sensibilités hongroises

Chères spectatrices, chers spectateurs, 

Márta Mészáros, icône féministe fut la première femme à recevoir un Ours d’Or à Berlin. C’était en 1975, pour Adoption, l’un des trois films (avec Neuf mois et Elles deux) de cette cinéaste hongroise nonagénaire que nous ressortons ce mercredi sur copie restaurée. Tous verront une séance présentée par des critiques (mercredi 14h, vendredi 19h et dimanche 15h45). Six autres événements, dont un essentiel Climax, rythmeront la semaine qui s’ouvre, lors de laquelle vous pourrez aussi réviser vos classiques avec un Cycle Kelly Reichardt, qui annonce la sortie de The Mastermind

Mercredi une avant-première organisée dans le cadre de Climax se tiendra à 20h. En présence de l’historienne des luttes sociales Ludivine Bantigny et de Thomas Lacoste, réalisateur de Soulèvements, nous découvrirons le portrait choral d’un mouvement qui expérimente d’autre modes de vie, plus justes, plus durables, plus sociaux. César Dugast, expert climat, animera le débat. 

Comme à chacune de ses séances, jeudi à 20h, Noir Cinéma Club interroge les migrations et les douleurs qu’elles engendrent. Des membres des collectifs Gilets Noirs et Bissai ouvriront la discussion après la projection de Nationalité immigré. Sidney Sokhona obtint le Prix Georges Sadoul en 1975 pour ce film où il évoquait la vie difficile d’un ouvrier mauritanien en France. 

On reste dans le champ sociétal dimanche 10h30 pour le rendez-vous de CinéDIALOGUE autour de la médiation et de la justice restaurative. La séance sera suivie d’un débat avec Ziad Doueiri, réalisateur de L’Insulte. Un échange délétère entre un Chrétien libanais et un réfugié palestinien les conduit au tribunal, métaphore des dissensions qui déchirent le Liban. 

Dimanche toujours, mais à 18h, nous retrouverons Du décor à l’écran. Damien Rondeau, chef décorateur, accompagnera le réalisateur Sébastien Marnier pour parler de L’Origine du mal, où une famille bourgeoise se déchire, entre mensonges et suspicions. 

Lundi à 19h30, Les Producteurs s’affichent pour leur ciné-club. Emmanuel Agneray évoquera la production de l’excellent Alice et la maire, où Nicolas Pariser envoie une jeune philosophe coacher un édile au bout du rouleau.  

Mardi à 20h, le Ciné-club des Ecoles fermera la semaine des événements avec Orlando, de Sally Potter. Tilda Swinton prête son physique androgyne à ce personnage qui se joue du temps et du genre. Débat à suivre.  

Née en Hongrie en 1931, Márta Mészáros suit sa famille en URSS où son père, pourtant communiste, sera victime des purges staliniennes. La jeune fille perd aussi sa mère, mais obtient une bourse pour étudier le cinéma à la prestigieuse école VGIK de Moscou. De retour dans son pays, elle réalise des courts métrages, puis un long – une première pour une Hongroise – en 1968, et accède à la reconnaissance internationale sept ans plus tard avec Adoption, Lion d’Or à Berlin. Vendredi à 19h, Pierre Guidez, critique à la Revue Tsounami, viendra nous présenter ce film. Beaucoup de réalisatrices des années 70 ont décrit la quête d’indépendance des femmes et leur long parcours semé d’embûches pour accéder à l’autonomie. Rarement cette description aura été aussi poignante que dans Adoption. Márta Mészáros dirige magistralement ses deux comédiennes (Katalin Berek, Gyöngyvér Vigh), filmées au plus près dans un somptueux noir et blanc. Márta Mészáros enchaîne les films : en 1976, ce sera Elles deux, encore sur le parcours de deux femmes, commenté dimanche à 15h45 par Victor Lepesant, critique à Super Seven, puis l’année suivante Neuf mois, qui décrit la relation amoureuse houleuse qu’une jeune ouvrière entretient avec son contremaître, présenté mercredi à 14h par Elie Raufaste, critique aux Cahiers du Cinéma. Une superbe (re)découverte cinématographique, et l’occasion de rendre hommage à une vraie pionnière. 

Il ne nous reste que peu de place pour évoquer le Cycle Kelly Reichardt, avant la sortie mercredi prochain de The Mastermind, et encore moins pour nos autres films. Juste une ligne pour l’Enfance de l’Art et sa séance perchée de dimanche 14h : Tout en haut du monde, de Rémi Chayé.  

Belle semaine. 

Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action