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L'Édito

Fourrure et fou rire.

L'Édito

Fourrure et fou rire.

Chères spectatrices, chers spectateurs,
Vous en avez entendu parler, vous avez vu les affiches, venez maintenant voir le film. La Vénus à la Fourrure, le nouveau Roman Polanski sort cette semaine sur nos écrans et, pour l’avoir vu à Cannes, somme ravis de vous le présenter. Ravis aussi d’accueillir une nouvelle série d’événements, le CinéClub Art et Sciences. Pour son coup d’essai, ce ciné-club nous propose Demonlover, troublant film d’Olivier Assayas qui sera suivi d’un débat avec Jean-Michel Frodon et François Taddei. Egalement au programme, Scarface, où De Palma décrit avec brio la grandeur et la misère de la délinquance, et quelques reliques de notre cycle Roman Polanski.

La sortie de La Venus à la Fourrure nous permet de pleurer encore un peu la mort récente de Lou Reed, compositeur et interprète d’une mémorable Venus in Fur. Après Carnage, Polanski adapte une autre pièce de théâtre, en respectant le huis-clos qu’il affectionne tant. En 2010, le dramaturge David Ives avait imaginé cette lecture décalée du roman emblématique du masochisme signé en 1870 par l’Autrichien Leopold von Sacher-Masoch. Polanski reprend sa trame : dans un théâtre, un metteur en scène forcément tyrannique fait passer des auditions pour trouver celle qui interprètera sa Venus à la Fourrure. Une candidate se présente, en retard, et insiste pour passer le test. Nous entrons au théâtre avec elle, et n’en sortirons plus. Le face à face entre Mathieu Amalric et Emmanuelle Seigner, violent, amoureux, conflictuel, complice, sensuel, érotique, drôle, va durer 90 minutes que les spectateurs ne vont pas voir passer. Le premier joue à merveille le théâtreux tourmenté, vite dépassé par la furie de la seconde qui, alternant les registres, fait montre d’un immense talent. Ce texte pour deux solistes semble avoir été écrit pour Polanski, qui peut déployer tout son talent pour mettre en scène ses obsessions : la manipulation, l’enfermement, la domination et la soumission. C’est virtuose, parfois poignant et souvent hilarant, quand la Vénus Seigner tombe la fourrure pour déclencher le fou rire.

En complément de ce film, nous vous proposons quelques (beaux) restes de notre Cycle Polanski. Vous pourrez voir deux de ses premiers films, l’un réalisé en Pologne et qui provoqua son exil, Le Couteau dans l’Eau, le deuxième signé de l’autre côté du Mur, Répulsion. Le troisième, plus récent, est encore un huis clos, passablement angoissant : La Jeune Fille et la Mort.

Dans la rubrique nouveauté, voici venir le premier rendez-vous de notre Ciné-Club Art et Science, qui se tiendra mercredi 13 novembre. Le programme de cette série d’événements est résumé dans son intitulé et son sous-titre : l’écran de Schrödinger. Une référence à la fameuse expérience de pensée imaginée en 1935 par le physicien Erwin Schrödinger qui se demande encore si son chat est mort, vivant, ou les deux à la fois. Bref. Il s’agit donc de projeter et de débattre autour de films où les univers scientifiques et artistiques se rencontrent et parfois se chevauchent ou se contredisent. Pour son coup d’essai, le Ciné-Club Art et Science, a choisi Demonlover, un film percutant et déroutant où Olivier Assayas balade sa caméra (et ses spectateurs) dans le monde trouble et hyperconcurrentiel des images électroniques. Le critique et essayiste Jean-Michel Frodon et le biologiste François Taddei animeront le débat qui suivra le film et poursuivront l’échange autour d’un cocktail.

Il est aussi toujours possible de voir Scarface, version 1983 de Brian De Palma. Sur un scénario au cordeau signé Oliver Stone, notre bon Brian laisse aller sa passion pour la violence, mais avec une grande maîtrise. Autant dire que ce remake du film de Hawks envoie très-très fort, comme on dit aujourd’hui. Al Pacino, en petit immigré cubain psychopathe et sans scrupule, trouve là un de ses rôles cultes.  Adulé par les petits délinquants, Scarface est aussi prisé par les grands cinéphiles. Ça leur fait un terrain d’entente et ce n’est pas si courant.

Terminons, comme chaque semaine, avec l’Enfance de l’Art qui nous montre une rédemption de bandits dans Le Fils du Désertun western classique, puisque signé John Ford et interprété par John Wayne. On ne peut pas être déçu.

Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action