Quentin bon film arrive...

Chères spectatrices, chers spectateurs,

... Il n'arrive jamais seul ! Vous nous excuserez ce petit calembour qui nous permet d'annoncer le dernier Quentin Tarantino, Once Upon the Time in Hollywood, accompagné d'un cycle Il était une fois... 1969, année quinquagénaire à laquelle le film fait référence. Ces nouveautés rejoignent Her smell, histoire d'une sulfureuse rock star, interprétée par Elisabeth Moss et filmée par Alex Ross Perry, dont un autre cycle éclaire la courte mais déjà riche carrière. L'autre grande nouveauté de la semaine, c'est la réouverture ce mercredi à 11h de notre salle panoramique entièrement rénovée - sièges, écran... -, magnifique écrin pour accueillir le neuvième film de Tarantino.

1969, le moment où se déroule Once Upon the Time in Hollywood, est une année charnière du XXe siècle. On retient qu'elle fut érotique, libérée et violente, que des hommes volèrent jusqu'à la lune et que d'autres planèrent à Woodstock. Mais elle marqua aussi un tournant dans l'histoire de Hollywood. En 1966, l'abandon du code Hays qui censurait drastiquement la création, donna des ailes à de jeunes réalisateurs subversifs qui voulaient révolutionner le monde et le cinéma. Arthur Penn (Bonnie & Clide) ou Mike Nichols (Le Lauréat) lancèrent officieusement le mouvement du Nouvel Hollywood, bientôt rejoints par d'autres cinéastes qui compteront dans les décennies suivantes (De Palma, Scorsese, Altman, Coppola, Schatzberg...). Parmi les précurseurs, citons Dennis Hopper et ses motards rebelles (Easy Rider), John Schlesinger et ses paumés des bas-fonds (Macadam Cowboy), Léonard Kastle et son suivi quasi-clinique de criminels (Les Tueurs de la Lune de Miel), et l'aliénation des danseurs pauvres de Sydney Pollack (On Achève bien les Chevaux). Tous ces films furent réalisés la même année et sont logiquement au programme de notre cycle Il était une fois... 1969 (avec aussi Model Shop de Jacques Demy et Moonwalk One, de Theo Kamecke). Si de jeunes auteurs insufflaient un nouvel air au cinéma et provoquaient le brutal vieillissement de l'ancienne école, un vent mauvais bouleversa ce petit monde - et d'ailleurs le monde entier - cette même année. L'assassinat de Sharon Tate, prometteuse actrice, épouse et enceinte de Roman Polanski, par Charles Manson et sa clique de hippies gouroutisés, mit fin au mythe du "flower power" et à une certaine utopie...

Voici donc le cadre de Once Upon the Time in Hollywood, où la capitale du cinéma connut l'une de ses révolutions. Rick Dalton (Leo DiCaprio), un acteur déclinant, et son inséparable doublure, Cliff Booth (Brad Pitt), arpentent Sunset Bd sans comprendre les changements du monde. Pourtant, au Vietnam comme aux Etats-Unis et partout ailleurs, le temps est à l'ébullition ; les tenants du Nouvel Hollywood ont commencé à ringardiser le "vieux" cinéma, tandis que, dans cet univers de fêtes, de paillettes et d'égos surdimensionnés, la mort rôde de la façon la plus cruellement inattendue... Avec son casting 3 Étoiles (outre les deux cités : Al Pacino, Margot Robbie, Emile Hirsch...), sa bande son vintage qui déchire, son art de la scène culte (celle avec Bruce Lee est un régal), sa façon de réécrire l'histoire et son habituelle virtuosité, Quentin Tarantino nous balade dans le Hollywood des sixties pendant près de 3 heures sans une seconde d'ennui, passant de la comédie presque burlesque à la tragédie sans en avoir l'air. Un bonheur n'arrivant jamais seul, nous sommes très contents de vous présenter ce Once Once Upon the Time in Hollywood dans le nouvel écrin de notre toute nouvelle salle panoramique.

Dans la salle club, Elisabeth Moss en chanteuse grunge déglinguée poursuit sa course folle entre excès, autodestruction et possibilité d'une rédemption. Dans Her smell, Alex Ross Perry lui offre une fois encore un rôle magnifique, nerveux et exigeant, après ceux de Listen Up Philip et Queen of Earth. Avec The Color Wheel, ces trois films composent le cycle que nous consacrons à ce jeune réalisateur qui, comme ceux qui incarnèrent le Nouvel Hollywood, propose une nouvelle voie au cinéma indépendant américain.

Pour reprendre les bonnes habitudes, nous conclurons avec l'Enfance de l'Art. Mercredi à 10h30, nous verrons La Course du Siècle, un délicieux petit dessin animé animalier de Ute von Münchow-Pohl et Sandor Jesse. Dimanche, nous retrouverons un cher et vieil ami farfelu : Mon Oncle de Jacques Tati.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.