Good time, Bad time et beau temps sur la Grèce.

Chères spectatrices, chers spectateurs,

Cette semaine, “balles neuves“ (expression tennistique pour signifier le "renouveau") au Grand Action. Au programme, la sortie sur copie neuve de Ragtime, la fresque restaurée de Milos Forman qui raconte une page de l'Amérique, et la dixième édition de notre festival hellène, Panorama du Cinéma Grec Contemporain. Seul We The Animals, le nouveau film de Jeremiah Zagar, a survécu à cette vague de nouveautés, dont certaines seront présentées ou commentées.

Good time ; Bad time ; Ragtime conclut la bande annonce de ce film que Milos Forman réalisa en 1981, entre Hair (1979) et Amadeus (1984). Même s'il est moins radicalement musical que les deux derniers cités, Ragtime bat au rythme d'une musique aux racines africaines qui fit danser l'Amérique au début du XXe siècle. Les Afro-Américains, que le public blanc applaudissait sur scène, n'étaient pas à la noce quand ils en descendaient. Ainsi, un pianiste de jazz, roulant dans sa belle voiture pour se rendre à son mariage, se fait maltraiter par quelques racistes. Cette cruelle anecdote s'inscrit dans le cadre d'une vision épique de l'histoire de l'Amérique moderne. Dino de Laurentis, grandiloquent producteur, engagea Forman pour diriger cette fresque adaptée d'un roman de Edgar L. Doctorow aux multiples entrées. Le réalisateur dut en écarter certaines pour respecter la volonté de la production, qui ne voulait pas d'un film de 3 heures. Tant pis ! L'ablation de quelques scènes ne pénalise pas le souffle du récit. Il rebondit de personnage en personnage et permit à Forman un casting étonnant : James Cagney, revenant après 20 ans d'abstinence cinématographique, le romancier Norman Mailer, et Samuel Jackson, qui débutait alors. Marc Olry, distributeur chez Lost Film, a trouvé une copie neuve de Ragtime et viendra nous la présenter mercredi 14h. Ravi, comme nous, de revoir ce film, N.T. Binh, rédacteur chez Positif, se livrera au même exercice lundi à 21h.

Il est des pays, dont la culture pourtant rayonne, dont on connait mal le cinéma. La Grèce, souvent agitée par l'actualité (la crise bancaire, les Migrants, Aube Dorée...), a connu récemment l'éclosion d'une véritable école du documentaire. Son cinéma de fiction, de courts et longs métrages, parfois soutenu par des productions étrangères, persiste aussi à exister pour notre plus grand bonheur. Voila ce que veut nous dire et nous montrer le 10e Panorama du Cinéma Grec Contemporain, qui prendra ses aises dans nos salles de mercredi à dimanche. De nombreux réalisateurs ont répondu à l'appel du Centre Culturel Hellénique et de Michel Noll, fondateur de GrecDoc, et viendront présenter leur travail et échanger avec le public. Une vingtaine de films de tout genre compose cette sélection, dont nous vous laissons, découvrir la richesse et la diversité.

Comme notre ami et associé Alexandre, Guillaume Tournier est un fin connaisseur de la société grecque contemporaine. Il passera les 5 jours du festival entre notre compagnie pour dédicacer sa traduction du livre Les neiges de décembre ne préviennent jamais, recueil de nouvelles du grand écrivain Ménis Koumandaréas récemment publié par Le Soupirail.

Seul rescapé de la semaine dernière, We The Animals poursuit sa carrière. Pour sa première fiction, Jeremiah Zagar s'est inspiré d'un roman où Justin Torres réinventait sa jeunesse. Soucieux de conserver la vision enfantine d'un couple parental qui s'aime et se déchire, Zagar a misé sur le graphisme et vient ponctuer de dessins les belles images d'une vie en liberté. Recherche formelle, poésie du récit, douleurs et espoirs de l'enfance, les trois frères de We The Animals nous entraînent dans leur monde.

Excellente semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.