Communiquer

Chères spectatrices, chers spectateurs,

Issue du latin communicare (entrer en relation avec), la communication est omniprésente dans notre monde moderne et cette lettre hebdomadaire en est d'ailleurs un avatar. C'est donc en communicant via des panneaux publicitaires que l'héroïne de 3 Billboards, interprétée par la géniale Frances McDormand, compte faire bouger la police de son comté. Un film violent, drôle et étonnant de Martin McDonagh que nous sortons mercredi. Outre par la poursuite de nos films récents (Le Jour où la terre s'arrêta, No Country for Old Men, et quelques autres), cette semaine sera aussi marquée par 3 événements. Mercredi, le Ciné-club Présences Extraterrestres nous fait rencontrer The Thing de Carpenter, ainsi que deux éminents scientifiques du monde animal. Le lendemain, le critique Michel Etcheverry nous présentera Du Rififi chez les Hommes lors d'un Ciné-club des Ecoles. Lundi enfin, le Collectif Jeune Cinémanous emmène hors des sentiers battus avec une sélection de courts-métrages expérimentaux.

Barbara Le Maître, enseignante en cinéma à Paris X, et François Moutou, vétérinaire et épidémiologiste, participeront au débat qui suivra la projection de The Thing, de John Carpenter, mercredi à 20h. Le Ciné-club Présences Extraterrestres a fort astucieusement choisi ce film du maître de l'horreur pour introduire une causerie sur les formes de vie différentes. Une vie qui, dans l'œuvre de Carpenter, a souvent tendance à donner la mort. C'est le cas de The Thing, un terrifiant monument du genre, où l'on retrouve les fondamentaux du réalisateur : format scope, lenteur des travellings et musique signifiante. Notons que, contrairement à son habitude, il ne l'a pas composée lui-même, mais confiée à Ennio Morricone, qui sait y faire pour agencer les notes.

Du Rififi chez les Hommes est le premier film français de Jules Dassin, que la chasse aux sorcières gauchistes avait chassé d'Hollywood. Il transposa dans les rues de Paris sa maîtrise du film noir, remplaçant les gangsters par des caïds, tout en conservant les chapeaux mous, les règles dures et les flingues faciles. Jeudi à 20h30, dans le cadre festif d'un Ciné-club des Ecoles qui sera, comme à l'accoutumée, suivi d'un cocktail au Grand Bar, le critique Michel Etcheverry nous parlera de ce film emblématique du cinéma des années 50 qui obtint d'ailleurs le Prix de la Mise en Scène au Festival de Cannes 1955.

L'ambiance sera plus expérimentale lundi soir avec le Collectif Jeune Cinéma. Entre hommage et parodie, romance sous la douche et poursuites freaks, hystérie et bifurcation, Gabrielle Reiner et Olivier Cooper Hadjian viendront nous présenter 4 courts-métrages de recherche. Venu d'Amérique, d'Israël ou de France, chacun défriche à sa manière une voie encore vierge du cinéma. Parfois déroutant, mais toujours réjouissant.

Comme chaque chose en ce monde, les panneaux publicitaires s'altèrent et peuvent tomber en désuétude. La mère d'une jeune fille assassinée va en réquisitionner 3 - les fameux 3 Billboards - pour provoquer la police dont l'enquête traîne trop à son goût. A l'heure où les réseaux sociaux semblent avoir confisqué la communication, les 3 Billboards font faire la preuve, physique et non virtuelle, de leur efficacité, créant dans cette communauté de l'Amérique profonde un émoi qui va dépasser son cadre rural. Frances McDormand est parfaite en mère aussi détruite que destroy et déterminée, et Woody Harrelson compose un shérif plus investi qu'il n'y paraît. D'ailleurs, comme souvent dans l'univers de Martin McDonagh, les apparences sont trompeuses et la comédie peut naître du désespoir. Le contraire est aussi vrai. Il y a quelque chose de Coenien dans la galerie de personnages qu'invente le réalisateur et dans sa façon de jouer avec les lignes et les spectateurs. 3 Billboards est la très bonne surprise de ce début 2018 et a d'ailleurs récolté une pluie de récompenses, dont celui du scénario à Venise et 4 Golden Globes : meilleurs script, film et second rôle, ainsi que, logiquement, meilleure actrice pour Frances McDormand.

Même s'il n'y a pas d'Enfance de l'Art cette semaine, n'emmenez toutefois pas les très jeunes enfants découvrir 3 Billboards. En revanche, vous pouvez en profiter pour voir nos films toujours à l'affiche, en attendant mercredi prochain qui sera le premier jour du Festival Télérama.

Bons billboards.

Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du GrandAction