Chères spectatrices, chers spectateurs,

Respectant nos traditions aoûtiennes, nous allons interrompre nos envois pendant ce huitième mois de l’année. Mais n’allez pas penser que nous abandonnons pour autant les lieux. Au contraire, Le Grand Action de ce mois d’août sera consacré à deux bijoux cinématographiques, très différents, et tout deux réédités sur copie neuves. Car il est une autre de nos traditions estivales que de vous donner l’occasion de voir ou revoir des chefs d’œuvres classiques dans d’optimales conditions. Avec la sublime copie d’Il Etait une Fois dans l‘Ouest, de Sergio Leone, et le très beau tirage du délicat noir et blanc de Du Silence et des Ombres, de Robert Mulligan, vous allez pouvoir vous régaler.

Que n’a t-on pas écrit sur Il Etait une Fois dans l‘Ouest ? Film fleuve, « larger than life », épopée violente et mystérieuse, aussi généreux en image, en son et en musique, qu’il est lapidaire en parole. Il était donc une fois une source, qui se trouvait sur le trajet prévu du chemin de fer. Il était aussi un tueur sans merci, un homme d’affaire véreux et infirme, des porte-flingues poussiéreux, un vengeur mutique armé d’un six-coups et de quelques notes d’harmonica, une veuve éplorée mais réactive, et quelques duels épiques qui ont fait de ce Il était une fois un film mythique de l’histoire du cinéma. Leone n’a fait aucune concession à son style. Au contraire même, il a poussé encore plus loin son travail de déconstruction des codes du western, déjà amorcé dans ses précédentes œuvres. Celle ci est un aboutissement, un sommet du genre qui dépasse le genre, servi par une bande son d’anthologie, et qui a marqué un tournant dans la façon de filmer le western : il y a un avant et un après Il Etait une Fois dans l’Ouest. On insiste sur la qualité du tirage de la copie de ce film. C’est remarquable.

Dans notre autre salle, il y aura tout ce mois Du Silence et des Ombres. Le silence, c’est celui qu’essaie de briser l’avocat Atticus Finch magistralement interprété par Gregory Peck. Mais ce pourrait être aussi celui auquel fait référence le titre original To Kill a Mockingbird. Ce merle moqueur, symbole de pureté, que l’on veut contraindre au silence, est, selon la légende l’oiseau qui a appris à chanter à tous les autres. Les ombres, ce sont celles du racisme, de l’injustice, de la violence, du mensonge, de la lâcheté. Vu à travers les yeux des enfants de l’avocat, ce procès inique est un film moral, élégant, délicat et touchant. Adapté d’un roman de Harper Lee, le film est un classique aux Etats-Unis. Courageusement soutenu par nos amis distributeur de Lost Film, Du Silence et des Ombres fait partie des films dont on sort optimiste.

Du côté de l’Enfance de l’Art, nous verrons, le 1er août, un autre western, plus classique mais magnifique car signé du grand Nicholas Ray, Johnny Guitar. Dans les séances suivantes, le 8 et le 15, Buster Keaton prendra la barre de la Croisière du Navigator, magnifique exemple de la virtuosité burlesque de l’auteur et de sa fascination pour les grosses machines, ici un bateau. Dimanche 22 août, place à Osamu Tezuka, maître historique de l’animation japonaise et à ses Histoires du Coin de la Rue, un programme de trois films graphiques réalisés entre 1962 et 1988. Nous avons beaucoup parlé de juillet et d’août ; il est normal d’évoquer septembre. Et notamment le 8, date de sortie d’Abattoir 5, de Georges Roy Hill. Le cinéaste a eu du flair en adaptant le livre complexe de Kurt Vonnegut publié en 1969, au cœur de la guerre du Vietnam. Car si son personnage a perdu le fil du temps, c’est d’abord pour lui permettre d’oublier Dresde et ce fameux Abattoir 5, où, prisonnier des nazis, il assista au bombardement américain sur la ville, en 1945. La mise en scène de Hill virevolte au gré des allées et venues spatio-temporelles du héros, et répond à la musique de Bach interprétée avec une grande intelligence par Glenn Gould. Un film méconnu et incroyable à voir à la rentrée. On a presque envie d’y être, mais beau mois d’août quand même.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action