Chères spectatrices, chers spectateurs,

Après les séances familiales de Mon Premier Festival, retour à un cinéma plus adulte, même si, parfois, l’on en doute tant une cruelle fantaisie règne dans nos deux films de cette semaine. Après, Il était une Fois la Révolution, la Cinémathèque de Bologne poursuit son magnifique travail de restauration de l’œuvre de Sergio Leone. Voilà qui nous donne l’occasion de projeter Et pour Quelques Dollars de Plus, et de revenir sur la carrière de l’inventeur du western spaghetti, selon la formule un peu condescende d’un journaliste peu convaincu par la dialectique léonienne.

Fils de Vincenzo Leone, un metteur en scène du muet, Sergio débute dans le cinéma après-guerre, comme assistant, scénariste ou acteur. Peu touché par le néo-réalisme qui domine alors la cinéphilie transalpine, il remplace Mario Bonnard pour terminer les Derniers Jours de Pompéi, collabore avec Aldrich pour Sodome et Gomorrhe, et signe enfin sa vraie première réalisation en 1961 avec Le Colosse de Rhodes. En ajoutant au péplum des ingrédients de son cru – décors étranges, cadres originaux, connotations sadomasochistes – il annonce le traitement qu’il allait réservé au western un peu plus tard. Prenant exemple sur Sturges, qui s’était inspiré des 7 Samouraïs pour ses 7 Mercenaires (que nous avons projeté cet été), Leone alla chercher un film de Kurosawa, Yojimbo, pour son premier western sauce italienne. De cette histoire d’un samouraï solitaire, il tira Pour une Poignée Dollars. Tourné en Espagne avec un budget ridicule, ce premier volet de ce que nous avons appelé en France « trilogie du dollar » - dont Et pour quelques Dollars de Plus est le deuxième opus (le Bon, la Brute et le Truand, étant le troisième) - rencontra un immense succès, et permit les autres. Il donna aussi l’occasion à de nouveaux talents d’émerger : les acteurs d’abord, pour certains venus d’Amérique où il stagnaient un peu (Clint Eastwood, Lee Van Cleef), et le compositeur Ennio Morricone, ami de classe de Leone, dont les films allaient faire une star de la bande originale. Dans cette première trilogie, il est question de chasseurs de primes, de vengeance, de duels, le tout mis en scène de façon totalement inédite, tant dans le choix des cadres ou des focales, que dans l’interprétation, les dialogues et l’utilisation de la musique. Surtout, ces westerns rompaient totalement avec l’imagerie du héros classique. Finis les beaux cowboys qui, après trois jours de cheval, propres et bien coiffés, bondissaient pour défendre la veuve et l’orphelin contre les méchants indiens. A l’opposée de ce chevalier de l’ouest inventé par Hollywood, l’anti-héros de Leone est sale, mal rasé, cruel, vénal, taiseux, veule, sadique, rusé… et du coup plus humain.

Après sa première série, Leone s’attaqua à une seconde trilogie, celle des « Il était une fois ». Dans l’Ouest d’abord, puis Il était une Fois la Revolution, et enfin en Amérique. Dans le deuxième volet que nous projetons cette semaine, deux personnages antagonistes – un bandit mexicain et un professionnel du soulèvement – sont pris dans la tourmente de la révolution mexicaine.
A la suite de ce dernier succès, Leone va un peu se perdre dans son projet d’Il était une fois en Amérique, et terminer sa vie (en 1989) et sa carrière (après 1984) en exploitant, souvent avec maladresse, les souvenirs de sa grandeur.
Le genre western spaghetti, puisque l’expression péjorative est restée, lui survivra un peu, mais en se contentant de se caricaturer. Pour l’anecdote, l’origine italienne de Léone ne suffit pas à elle seule à expliquer le terme, qui vient aussi de l’étirement comme des spaghettis des scènes de duel.

Pour finir, le reste de notre programme. M Butterfly, de David Cronenberg, reste à l’affiche pour une unique séance, et l’Enfance de l’Art nous propose la Flèche Brisée de Delmer Daves. Quant au comédien Alexandre Chuat, il vous convie à venir découvrir son premier court métrage en tant que réalisateur, Petit Moment d’Intimité, samedi à 16h15. La projection sera suivie d’un cocktail.

Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action