Chères spectatrices, chers spectateurs,

Les nuages filent à toute vitesse, les routes semblent infinies, les garçons sont aussi beaux que perdus ; dans My Own Private Idaho, Gus Van Sant suit la dérive de Mike et Scott, deux tapineurs toxicomanes de Portland. Mais le destin qui les a fait se croiser est malicieux ; si le premier (River Phoenix) est un enfant blessé en quête d’une mère qui l’a abandonné, le second (Keanu Reeves) est le fils rebelle du maire de la ville. Clochards célestes des années 90, les deux amis prennent la route pour l’Idaho, sur la trace de la mère absente. Entre road movie, drame expérimental, farce désaxée et mélo underground, My Own Private Idaho est un film riche, complexe et nerveux, lointainement inspiré de l’Henry IV de Shakespeare, du moins pour le personnage de Scott. Poète subtil de l’adolescence déboussolée, Gus Van Sant construit film après film, un portrait désabusé, trash et sensible de la jeunesse américaine. En 1991, il retrouvait pour son troisième long-métrage, les thèmes – homosexualité et drogue - de ces deux premiers opus : Mala Noche et Drugstore Cowboys. Mais My Own Private Idaho lui permettait d’accéder à la reconnaissance, notamment grâce à River Phoenix, dont la composition fut saluée à la Mostra de Venise. Si Van Sant allait, par la suite, glaner bien d’autres récompenses (dont une Palme d’Or pour Elephant en 2003), la carrière de River Phoenix était alors à son apogée, et bientôt à sa fin. Il mourut deux ans plus tard, à 23 ans seulement, après avoir tourner 15 films et en laissant derrière lui des hordes de fans qui s’étaient identifiées à ce si doué et si beau garçon. Dès la semaine prochaine, notre festival River forever reviendra sur la filmographie de cette étoile filante du cinéma, le James Dean des années grunge. « Die young and stay pretty ».

Tandis que errent les enfants perdus de Portland, les Inglourious Basterds de Tarantino continuent d’embêter ces pauvres nazis qui pensaient pouvoir tranquillement chasser le juif dans la France occupée. Tarantino prouve par ce film qu’il n’est pas un historien et que le cinéma est bien une fiction. On peut en l’occurrence le regretter. Il montre aussi qu’il n’a peur de rien, qu’il sait manier sa caméra avec une grande maestria et une liberté totale, et qu’il n’a pas son pareil pour embarquer dans des projets complètement cinglés des acteurs de grande classe. Brad Pitt, Daniel Brühl, Diane Kruger, Mélanie Laurent, et l’inoubliable Christoph Waltz, l’un des plus charmants et terrifiants méchants du cinéma contemporain, se prêtent avec une jubilation perceptible à cette dinguerie violente et burlesque, dont la plupart des spectateurs sortent brinquebalés et enthousiasmés.

Mercredi à 14h, l’Enfance de l’Art nous propose l’excellent Coraline de Henry Selick. Vous ne connaissez pas Henry Selick ? Normal, il a longtemps vécu dans l’ombre de son scénariste et producteur, Tim Burton, mais c’est pourtant bien lui qui a réalisé l’Etrange Noël de Monsieur Jack et James et la Pêche Géante. Avec Coraline, il nous entraine dans un merveilleux conte noir, adapté d’un livre de Neil Gaiman. Cousine d’Alice, Coraline, qui se sent abandonnée par des parents trop occupés dans leur nouvelle maison, plonge dans un univers parallèle, séduisant et vite inquiétant. L’animation est splendide et le film fait renaître des peurs enfantines. Brrrr…
Pour finir, sachez qu’en cliquant ici vous pourrez recevoir toutes les infos pour cette fête du jeune cinéma qui illumine les vacances de la Toussaint. Et comme nous en sommes aux fêtes, la Rentrée du Cinéma court jusqu’à mercredi avec des places à 4€.

Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action