Chères spectatrices, chers spectateurs,
Après The Grand Budapest Hotel, la dernière fantaisie de Wes Anderson qui demeure à l’affiche, nous changeons radicalement de genre pour notre nouvelle sortie, qui se trouve sur l’autre versant de la grande vallée du cinéma. The Canyons marque le retour à la caméra d’un immense scénariste passé à la réalisation. Pour ce thriller pervers écrit par Bret Easton Ellis, Paul Schrader s’est affranchi du système et a réuni un casting aussi convainquant qu’improbable. Outre ces exclusivités, notre semaine sera marquée par deux événements. Vendredi, le Ciné-Club Louis Lumière nous plonge dans la noirceur du 36, Quai des Orfèvres d’Olivier Marchal, éclairé par Denis Rouden. Mardi, séance du Ciné-Club Univers Convergents, avec des scientifiques et des écrivains pour débattre après la projection de Bienvenue à Gattaca, d’Andrew Niccol.

Le 36, Quai des Orfèvres est une adresse que les fans de polar connaissent. Et pour cause, c’est là que siège la PJ parisienne. C’est aussi un film d’Olivier Marchal (un ancien de la maison), où s’affrontent deux flics aux méthodes opposées. Daniel Auteuil et Gérard Depardieu interprètent ce duo d’anciens potes devenus ennemis, tous deux à la recherche d’un gang particulièrement violent. Film crépusculaire souvent tourné de nuit, 36, Quai des Orfèvres doit beaucoup au travail de son chef opérateur Denis Rouden. Cette star des plateaux, qui a travaillé sur des gros projets, sera avec nous vendredi soir pour nous faire partager son expérience. Un échange à poursuivre au Grand Bar.

Autant le polar de Marchal joue dans le sombre, Autant Bienvenue à Gattaca est lumineux. Trop parfait sans doute pour être honnète. Car ce film d’Andrew Niccol choisi par le Ciné-Club Univers Convergents pour sa soirée de mardi, est fort inquiétant. Dans une société eugéniste du futur, les individus sont sélectionnés sur leur patrimoine génétique. Mais certains, dont les héros interprétés par Ethan Hawke et Uma Thurman, parviennent à déjouer le système et à changer leur destin. Gènes, éthique, destin ; des sujets que nos invités du débat à suivre ne manqueront pas d’évoquer. Cet échange réunira Ugo Bellagamba, écrivain de science-fiction, Hervé Chneiweiss, président du comité d’éthique de l’Inserm et Thomas Heams, biologiste moléculaire. Entrée gratuite, réservation indispensable en suivant ce lien : www.ihp.fr.

La grande nouveauté de la semaine, c’est bien sûr The Canyons, le dernier film de Paul Schrader. Scénariste brillant (entre autres de Taxi Driver ou Raging Bull), Schrader est passé à la réalisation via American Gigolo. Plus ou moins blacklisté à Hollywood, il défend ardemment le « cinéma de l’après-salle » et assure que les auteurs de films vont trouver refuge sur les ordinateurs et les tablettes. Fort de cette conviction, il a donc fabriqué The Canyons en dehors des circuits classiques et pour un budget dérisoire (autour de 400 000 dollars) en partie grâce au crowdfunding (appel aux particuliers via internet). Toutefois, c’est bien sur grand écran que sort ce thriller tordu et érotique, écrit par l’immense (et non moins tordu) Bret Easton Ellis (l’auteur de American Psycho) et interprété par Lindsay Lohan, ex-Disney-girl passée par toutes les addictions, et James Deen, faux homonyme du mythe, mais vrai acteur venu du porno. Avec une telle genèse, The Canyons n’eut aucun mal à « faire le buzz ». L’histoire ? Un jeune producteur ambitieux est amoureux d’une actrice qu’il soupçonne de le tromper. Ce que d’ailleurs elle fait. La vengeance va être terrible. Sexe, pouvoir, argent, les trois pilliers sont réunis à Hollywood pour un film diablement pervers. Beaucoup étaient sceptiques en voyant Lohan revenir et Deen sortir du X. Ils en sont pour leur frais. Si le tournage fut pénible, notamment par la faute de Lindsay qui enchaînait retards et crises, le duo fonctionne à merveille et s’est inspiré de ses propres turpitudes pour donner force à leur personnage. Quant à l’écriture et à la réalisation, vous pouvez faire confiance aux deux vieux maîtres. Le film ne plaira pas à tout le monde, c’est sûr, mais nous, on l’a trouvé fascinant.
 
Nous vous avons déjà longuement parlé du Grand Budapest Hotel, extraordinaire dentelle filmique tissée avec méticulosité par Wes Anderson. Précis, rapide, virtuose dans la gestion des personnages et des situations, le film subit la double et bénéfique influence de Stefan Zweig et Ernst Lubitsch. Au premier, Anderson emprunte l’athmosphère de la Mittleeuropa et la mise en abyme de la narration, qu’il filme avec le style cinématographique du second. Si vous n’avez pas encore assisté au ballet mené par Monsieur Gustave - l’impayable Ralph Fiennes - dépêchez-vous. The Grand Budapest Hotel vous mettra de bonne humeur pour plusieurs jours.

Quant à l’Enfance de l’Art... Et bien exceptionnellement pas d’Enfance de l’Art.

Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l'équipe du Grand Action.