Chères spectatrices, chers spectateurs,

Nous voilà donc avec un nouveau Président. Normal. La majorité, qui a voté pour lui, s’en réjouit. Les autres se lamentent. Normal aussi. Espérons que dans cet exercice Solitaire que représente la plus haute fonction de notre République, le Président saura dire Je t’aime, je t’aime aux Français, les faire rêver comme Hugo Cabret, favoriser (indirectement) les Chroniques Sexuelles des Familles d’Aujourd’hui, et que, contrairement à Pinocchio, il ne mentira pas trop. Ces quelques vœux pour annoncer notre programme de la semaine, marqué par un Ciné-Club Positif, la sortie d’un film à la tonalité intéressante projeté parfois en présence de ses auteurs, et la poursuite du succès du Solitaire, de Michael Mann.

Mardi soir, notre revue cinéphile préférée nous convie à son mensuel Ciné-Club Positif pour voir un film rare d’Alain Resnais : Je t’Aime, Je t’Aime. Si Resnais est souvent considéré comme un cinéaste « intello », il ne saurait être cantonné à ce qualificatif. Il est aussi attiré par la culture populaire (on connaît la chanson), et le cinéma de genre, comme ici la science-fiction. Dans Je t’Aime, Je t’Aime, d’ailleurs co-écrit avec Jacques Sternberg, fameuse plume du fantastique belge, Claude Rich interprète un rescapé du suicide auquel un étrange scientifique propose un voyage dans le passé. Le désespéré y retrouve son amour et des moments heureux, mais la machine à remonter le temps se dérègle et l’entraîne vers une dérive aléatoire. Tourné en 1968, ce film devait être présenté à Cannes. Mais l’on sait que le Festival fut, cette année là, interrompu. Ainsi commença sa carrière de film maudit, que peu de spectateurs ont vu. Merci donc Positif de nous le proposer, surtout commenté par François Thomas. Il ne manquera pas de nous faire remarquer que, dans la souris du scientifique, l’on peut voir une parente de celles qui se perdront dans le labyrinthe de Mon Oncle d’Amérique.

L’autre nouveauté de la semaine, ce sont les Chroniques Sexuelles d’une Famille d’Aujourd’hui. Jean-Marc Barr et Pascal Arnold, qui seront présents mercredi, en compagnie de Mathias Melloul, et lundi pour la séance de 20h, se sont lancés dans un projet ambitieux : parler de sexualité, sujet qui n’est souvent « traité » que dans le cinéma X. L’on entre donc dans l’intimité de trois générations d’une famille « normale », analysée sous le prisme de sa sexualité. Le fond est fort intéressant, surprenant et dérangeant, et la forme parfois un peu molle (façon de parler). Il n’en demeure pas moins que cette expérience cinématographique filmée au plus près des acteurs donne un éclairage sans concession ni minauderie sur ce que tout le monde fait, mais dont personne ne parle.

Vous fûtes nombreux, ces deux dernières semaines, à venir voir Le Solitaire, polar serré et premier long métrage de Michael Mann qui, déjà, maîtrisait son style. La ressortie sur une splendide copie numérique de ce film réalisé il y a plus de 30 ans redonne la pêche aux couleurs crues des images. Le propos est simple – un cambrioleur a préparé son dernier coup en prison, qui bien évidemment, déraille – mais parfaitement tenu. James Caan qui tient le rôle titre, nous plonge dans le système social d’où est issu son personnage : criminalité, corruption, violence. Il rêve d’en sortir, mais ne connaît que celui la. Et il n’est pas facile d’y échapper.

Mercredi à 14h, unique séance de la semaine pour Hugo Cabret, de Martin Scorsese, où un gamin des rues rencontre l’inventeur du rêve, en la personne de Georges Méliès. Dimanche à la même heure et par la grâce de l’Enfance de l’Art, l’on verra une marionnette de bois devenir un petit garçon menteur. On aura reconnu Les Aventures de Pinocchio, dans la version de Luigi Comencini, avec donc Nino Manfredi et Gina Lollobrigida.

Bonne semaine.

Isabelle Gibbal-Hardy et l’équipe du Grand Action